Recevant le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Washington mardi 4 février, le nouveau président des Etats-Unis a suscité la stupéfaction de la presse européenne et internationale en déclarant notamment vouloir exiler les habitants du territoire palestinien.

“L’extrême radicalisation du mépris de Donald Trump en son second mandat pour toute forme de droit domestique, international ou humain a trouvé une nouvelle expression médusante mardi 4 février, à la faveur de la visite à Washington de Benyamin Netanyahou, premier chef d’Etat étranger reçu deux semaines après le retour trumpien à la Maison-Blanche”, entame Libération.
Lors d’une conférence de presse commune avec son homologue israélien, le 47e président des Etats Unis a indiqué vouloir “prendre le contrôle de la bande de Gaza” pour en “être le propriétaire à long terme,”[…] “la démolir et la reconstruire” en expulsant ses habitants, relaie El País. “L’ex-magnat de l’immobilier s’y est plu à se rêver ainsi en bâtisseur de “ ‘la Côte d’Azur du Moyen-Orient’ ”, poursuit Libération.
Stupéfaction partagée
La presse européenne et internationale tente de mesurer la gravité des déclarations du chef d’Etat américain. El País note “un tournant radical pour la politique de Washington dans la région”, tandis que le New York Times y voit “l’une des idées les plus provocantes qu’ait osé avancer un dirigeant américain depuis des années”. Libération dénonce de son côté l’attitude du “colon Trump”.
Les propos de Donald Trump ont tout de même fait un heureux. “Benyamin Netanyahou n’en revenait pas de sa chance”, affirme Die Welt. “Vous êtes le meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche”, a affirmé le Premier ministre israélien, “tapant si fort du poing sur le pupitre devant lui à chaque mot qu’il s’est mis à trembler légèrement”, observe le journal allemand.
Une atteinte au droit international
“Nous la posséderons et serons responsables du démantèlement de toutes les bombes dangereuses qui n’ont pas explosé et de toutes les armes”, a expliqué Donald Trump en faisant référence à la bande de Gaza [RTS]. Pour cela, le président américain compte faire table rase et a “réitéré sa proposition de reloger les habitants de Gaza en Égypte, en Jordanie ‘et dans de nombreux autres pays’, mais en ajoutant que cela se ferait sur une base ‘permanente’ ”, tout en notant que “Gaza deviendrait un lieu ‘international’ où les Palestiniens pourraient ‘également’ vivre”, rapporte El País. Une situation problématique car “des centaines de milliers de Palestiniens sont déjà retournés dans le nord, la partie la plus dévastée de la bande côtière scellée, selon les chiffres de l’ONU, et tentent d’y construire une nouvelle vie” [Die Welt].
Avec ses propositions sur la bande de Gaza, Donald Trump “s’assoit sur le droit international”, estime sur la RTS Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe et chargé de cours au Global Studies Institute de l’UNIGE. Sur le plateau de la télévision suisse, l’expert affirme que le président américain “franchit […] une ligne rouge que ses prédécesseurs n’avaient pas osé” dépasser, celle de “la déportation forcée d’une population” qui est “un crime de guerre aux yeux du droit international”.
Le ministère français des Affaires étrangères partage cette inquiétude. “La France réitère son opposition à tout déplacement forcé de la population palestinienne de Gaza, qui constituerait une violation grave du droit international, une atteinte aux aspirations légitimes des Palestiniens, mais aussi une entrave majeure à la solution à deux Etats”, peut-on lire dans un communiqué publié en fin de matinée [Le Monde].
Le New York Times va également dans ce sens. Pour le quotidien américain, Donald Trump “a rouvert une boîte de Pandore géopolitique aux implications considérables pour le Moyen-Orient. Le contrôle de Gaza est l’un des principaux points chauds du conflit israélo-arabe depuis des décennies, et l’idée de déplacer ses habitants palestiniens rappelle une époque où les grandes puissances occidentales redessinaient les cartes de la région et déplaçaient les populations sans tenir compte de l’autonomie locale”.
Un danger pour la stabilité de la région
Cet épisode menace une paix encore très fragile dans la région. “Dans les jours qui ont précédé l’entrée en fonction de M. Trump en janvier, un accord de cessez-le-feu a été conclu entre Israël et le Hamas après 15 mois de combats. Des otages ont été libérés en échange de prisonniers palestiniens”, rappelle la BBC.
Les déclarations fracassantes du président américain interviennent “alors même que les Etats-Unis s’efforcent de garantir la deuxième phase du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, qui vise à libérer les derniers otages à Gaza et à mettre un terme définitif aux combats. Les négociateurs ont qualifié leur tâche d’exceptionnellement difficile avant même que M. Trump n’annonce son idée d’expulser les Palestiniens de leurs maisons” [New York Times].
L’Arabie Saoudite a rapidement répondu à Donald Trump. Dans la nuit, Riyad “a mis en garde ‘l’ancienne et l’actuelle administration américaine’ au sujet des droits du peuple palestinien et a réaffirmé qu’il n’établirait pas de relations diplomatiques avec Israël si certaines conditions n’étaient pas respectées”, cite Politico.
