
Chaque rentrée scolaire a son lot d’images familières : des enfants joyeux, cartables neufs sur le dos, tenues bien repassées et espoir plein les yeux. Mais derrière ce tableau idyllique, des parents se débattent avec des comptes bancaires qui virent au rouge dès le mois d’octobre. Le prêt scolaire, ce recours salvateur au départ, finit souvent par se transformer en fardeau silencieux. Pendant les vacances, les quartiers vivent au rythme de la légèreté : parties de foot improvisées dans les ruelles poussiéreuses, papotages sous les hangars, et calculs discrets des parents pour boucler un budget estival modeste. La rentrée ? Un lointain souci. Jusqu’à ce que septembre s’éclipse et qu’octobre vienne frapper… avec ses rappels de paiement et ses échéances bancaires. Les banques, elles, ne ratent jamais leur rentrée. Le prêt scolaire : entre promesse et piège.
Les institutions financières ressortent chaque année leur panoplie de slogans séduisants : « Pour la réussite de vos enfants, nous sommes à vos côtés », « Investissez dans leur avenir ». Mais ce que ces campagnes ne disent jamais, c’est qu’il faut parfois franchir un véritable parcours du combattant administratif pour décrocher ce prêt tant vanté. Et encore faut-il répondre aux critères : fiche de paie stable, revenus réguliers, dossier complet. Les travailleurs informels, eux, peuvent passer leur tour.Et pour ceux qui y accèdent, c’est souvent un prêt de 200 000 à 500 000 F CFA, à rembourser sur 12 mois, avec un taux d’intérêt autour de 8 %. La première mensualité tombe… en octobre. Pile quand les familles affrontent déjà d’autres charges : soins médicaux, factures d’eau et d’électricité, charbon, transport, et les fameuses fournitures à compléter — car oui, le cartable n’est jamais vraiment complet. Une équation budgétaire impossible.
Très vite, le rêve d’une rentrée bien préparée laisse place à un marathon financier. Les cahiers disparaissent, les uniformes deviennent trop petits, et la moto reste en panne faute de budget pour la réparer. Chaque fin de mois devient un casse-tête : on fait et refait les comptes, en espérant qu’ils finiront par s’ajuster. Mais souvent, les chiffres ne mentent pas. L’argent manque, les échéances tombent, et les priorités s’entrechoquent.Dans les concessions, l’ambiance change. Les rires cèdent la place aux soupirs. L’enfant part à l’école, cartable plein, mais le parent rentre du travail, cœur lourd, poche vide, tête pleine de calculs. Quand l’espoir s’écrit à crédit.
Malgré tout, les parents tiennent bon. Ils rêvent de voir leur enfant devenir médecin, enseignant, douanier ou ministre — peut-être même banquier, histoire de boucler la boucle. Car au fond, contracter un prêt scolaire, ce n’est pas juste un acte financier. C’est un acte de foi. Foi en l’avenir, foi en l’école, foi que ce sacrifice portera un jour ses fruits. Mais à force d’additionner les dettes, ne risque-t-on pas de faire de l’endettement la seule vraie leçon retenue ? Ce serait un échec collectif. L’éducation ne devrait jamais se faire au prix de l’asphyxie financière. Alors, si votre enfant vous demande un jour pourquoi vous soupirez chaque fin de mois, vous pourrez lui répondre, avec un sourire amer mais sincère :« Mon enfant, c’est mon amour pour ton avenir qui signe ce prêt… pas mon compte bancaire. ».
Dr Dramane Patindé KABOREEnseignant-chercheur au CU-Dori, journaliste et communicant
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