Le mercredi 11 juin 2025, le Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouaga I, Blaise Bazié, a tenu une conférence de presse pour présenter les résultats d’une opération conjointe entre les autorités burkinabè et ghanéennes, ayant abouti au rapatriement de 22 jeunes Burkinabè impliqués dans un vaste réseau d’escroquerie transnationale opérant sous le nom de QNET.
Selon les explications du procureur, ces individus ont été interceptés au Ghana grâce à une opération menée par la police locale avec le soutien d’Interpol Accra, puis remis aux autorités du Burkina Faso.
Parmi les personnes rapatriées, neuf ont été identifiées comme les principaux auteurs présumés de délits graves : traite de personnes, escroquerie, séquestration et extorsion de fonds. Ces actes étaient dissimulés sous une activité de « vente en ligne » ou de marketing de réseau.
« Ces neuf jeunes jouaient un rôle actif dans le recrutement. Certains étaient déjà dans le collimateur de la justice burkinabè », a précisé Blaise Bazié.
Une arnaque savamment orchestrée
L’enquête révèle que les jeunes suspects trompaient leur entourage en se faisant passer pour des migrants vivant en Europe. Sur les réseaux sociaux, ils partageaient des photos dans des lieux chics du Ghana – aéroports, restaurants de luxe, salles de sport – pour faire croire à une vie prospère en France, en Allemagne ou au Portugal.
Une fois la confiance gagnée, ils demandaient à leurs proches d’envoyer des pièces d’identité, sous prétexte de les aider à obtenir un emploi ou un visa. En échange, les victimes devaient verser des sommes allant de 800 000 à 2 000 000 francs CFA, prétendument pour des frais administratifs ou de logement.
Mais à leur arrivée au Ghana, ces proches réalisaient qu’il ne s’agissait ni d’opportunités d’emploi ni de départs pour l’Europe, mais bien d’un réseau d’escroquerie pyramidal. Refusant souvent de coopérer, nombre d’entre eux étaient dépouillés, séquestrés et privés de tout contact avec l’extérieur.
« Les victimes étaient forcées de suivre des formations sur les techniques d’arnaque, puis contraintes à recruter d’autres personnes. C’est un système structuré de traite humaine », a dénoncé le procureur.
Des conséquences dramatiques
Le préjudice total pour les 22 cas traités s’élève à plus de 33 millions de francs CFA, selon les données d’Interpol. Certaines familles, espérant un avenir meilleur pour leurs proches, ont dû vendre des biens ou contracter des dettes. Des jeunes ont perdu leur emploi ou ont été forcés d’abandonner leurs études.
Les neuf présumés auteurs ont été placés sous mandat de dépôt le 5 juin 2025. Leur procès est prévu pour le 17 juin 2025.
Un appel à la vigilance
Quant aux treize personnes identifiées comme victimes, elles sont actuellement hébergées dans un centre d’accueil en attendant de regagner leurs familles.
Le parquet lance un appel à la prudence face aux promesses trompeuses, notamment celles liées à la migration ou aux offres d’emploi à l’étranger.
« Nous appelons les jeunes, notamment les diplômés, à ne pas se laisser séduire par des propositions trop belles pour être vraies, même venant de proches. Le rêve d’une vie facile peut cacher des pièges dévastateurs », a conclu Blaise Bazié.
